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 LIBERTE (lettre d'un prisonnier de l'Etat)

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Stygmate
Sexy Baywatcher
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Messages : 344
Date d'inscription : 06/08/2007

MessageSujet: LIBERTE (lettre d'un prisonnier de l'Etat)   Sam 16 Aoû - 17:49

Citation :
LETTRE DE DAMIEN, en prison à Villepinte

Nouvelles de l'instruction antiterroriste

Durant la période éléctorale qui a vue l'arrivée de Sarkozy à la
présidence, l'ambiance est à la colère et à la révolte. De manifs
sauvages à des bris de vitrines de permanences d'élus, de nombreux actes
marquent cette période. Début mai, il y eu aussi une tentative
d'incendie d'une voiture de flic devant un commissariat de Paris.

C'est pour cette tentative qu'Isa, Juan et aujourd'hui Damien sont en
détention préventive, au motif que leurs ADN, pris à leur insu ou de
force, auraient été retrouvés sur l'engin incendiaire.

Tous les trois sont sous le coup d'une instruction antiterroriste.


Salut à tous les camarades,

C'est une triste nouvelle qui me pousse à écrire cette lettre. A l'heure
où elle sera rendue publique, je serai en prison, enfermé dans une
cellule pour un temps que j'ignore. Il y a une semaine j'ai reçu une
convocation de la juge antiterroriste Houyvet pour le 14 août en tant
que mis en examen dans le cadre de l'instruction sur la supposée «
Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne ». Pour mémoire, j'avais déjà été
interpellé le 19 janvier avec Ivan et Bruno qui étaient en possession de
fumigènes. J'avais alors été placé sous contrôle judiciaire.

Je suis donc convoqué le 14 août car les flics et les experts en charge
de ces affaires prétendent avoir recoupé mon ADN prélevé sur un de mes
habits en Garde-à-vue le 19 janvier (j'avais alors refusé de le donner
volontairement) avec l'un de ceux relevé sur une bouteille remplie
d'essence retrouvée sous une dépanneuse de la police en mai 2007, au
moment de l'élection présidentielle. Dans cette affaire, Isa et Juan
sont déjà incarcérés. Je sais donc en me rendant à cette convocation que
je n'ai aucune chance d'en sortir à l'issue et pourtant je m'y rends. Si
je tiens à écrire cette lettre, ce n'est pas pour me justifier ni pour
chercher un assentiment collectif. J'ai fait ce choix après réflexion et
après en avoir discuté longuement et collectivement. Ce fut évidemment
une décision difficile mais je l'assume pleinement. J'avais seulement
envie d'expliquer cette décision à toutes celles et tous ceux avec qui
j'ai déjà partagé des moments de vie et de lutte et parce que cette
situation peut toucher d'autres personnes et qu'il est bon de partager
les expériences. Si je le fais dès aujourd'hui, c'est parce que je sais
bien qu'il sera plus difficile de communiquer ensuite.

Dans cette affaire, mon ami Bruno a fait un choix différent, il a
préféré la cavale pour des raisons tout à fait compréhensibles. Je lui
souhaite de tout coeur bon vent et j'espère que tous les charognards de
la répression ne retrouveront jamais sa piste. Nos choix ne sont pas les
mêmes mais ne s'opposent pas entre eux. Libre, en cavale, sous contrôle
judiciaire ou enfermé, ces situations sont différentes mais quelle
qu'elles soient, nous restons animés par le même désir de liberté et le
même envie de révolte face à ce qui nous opprime.

Dans ma situation, il n'y avait que peu de possibilités : partir ou me
rendre à la convocation, soit l'exil ou la prison. Je ne voulais pas ne
pas m'y rendre et attendre qu'ils viennent m'arrêter chez moi ou
m'enlever en pleine rue. Quant à partir, je ne me voyais pas refaire ma
vie à des milliers de kilomètres ni vivre caché dans la crainte
permanente d'être arrêté. Bien que, je le répète encore, je comprends et
soutiens tous ceux qui ont fait ces choix, mais moi je ne me le sentais
pas, voilà tout. Restait donc me rendre à cette convocation et aller
quelques temps en taule, ce qui ne signifie pas que j'accepte mon sort.
Aller en taule tout en continuant à lutter pour la liberté, sans oublier
ce qui nous anime politiquement, sans renier ce qu'on est, des révoltés
contre l'ordre des choses, contre la marche de ce monde qui se prétend
naturelle et contre la résignation.

Quant aux faits qui me sont reprochés, je nie une quelconque
participation à cette action, je conteste ce rapport d'expertise et par
là tout le système judiciaire et sa cohorte d'experts qui font
maintenant de l'ADN l'élément indiscutable prouvant la culpabilité,
l'empreinte génétique devenant la preuve absolue. J'affirme néanmoins ma
pleine solidarité avec toutes celles et tous ceux qui, lors de la
dernière élection présidentielle, ne se sont pas contentés de rester
dans leur coin mais sont descendus dans la rue pour gâcher la fête de
l'arrivée au pouvoir d'un nouveau chef et exprimer avec rage leur refus
d'être gouvernés, chacun à leur manière.

Cette révolte se poursuit aujourd'hui de différentes manières, dans les
centres de rétention, dans les lycées ou dans les rues et j'espère de
toute ma détermination et de toute ma rage que les murs qu'ils
construisent ne suffiront à nous séparer et à briser nos solidarités et
nos révoltes.

A bientôt, Damien.

Liens:: https://infokiosques.net/spip.php?article597

http://nantes.indymedia.org/article/14743

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